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CfA: apropos Québec-Ausgabe Winter 2027 (Nr. 19)

apropos Québec-Ausgabe Winter 2027 (Nr. 19)

Titre: Québec pluriel : écritures queer, diasporiques et reconfigurations de l’appartenance

Sous la direction de : Jacopo Romei et Simon Prahl

La diversification croissante des littératures francophones du Québec invite à considérer les notions d’appartenance culturelle, d’identité linguistique et d’ancrage territorial en tant que constructions dynamiques et relationnelles. Dans cette perspective, les processus de négociation de l’identité et de l’altérité, de représentation et d’auto-représentation, ainsi que les rapports entre langue, territoire et communauté peuvent être envisagés comme des enjeux structurants de la littérature québécoise contemporaine. Le présent dossier propose d’étudier la littérature francophone du Québec comme un espace culturel et esthétique au sein duquel différentes formes de québécité, de rapport à la langue, au territoire et à la communauté s’articulent, d’autant plus à l’aune des résultats des élections provinciales du 5 octobre dernier. Le retour au pouvoir du Parti québécois, formation souverainiste, ainsi que la percée du Parti conservateur du Québec, qui fait son entrée à l’Assemblée nationale avec 19 sièges, témoignent d’un paysage politique québécois profondément recomposé. Les productions littéraires et culturelles issues de communautés queer, diasporiques et minoritaires reflètent pleinement cette reconfiguration, en mettant en tension les récits d’appartenance, les normes identitaires et les mécanismes de reconnaissance qui leur sont associés. Il s’agira notamment d’interroger la manière dont ces productions culturelles mettent en œuvre des processus de visibilité, d’auto-représentation et de resémantisation culturelle, ainsi que les procédés esthétiques par lesquels se construisent l’appartenance et la différence.

QUÉBEC QUEER
L’écriture et la production culturelles queer québécoises constitue à cet égard un espace privilégié pour interroger les normes qui structurent les représentations du corps, du genre, de la sexualité et de la subjectivité. La queerness peut ainsi être appréhendée non seulement comme catégorie de représentation, mais aussi comme pratique esthétique et épistémique susceptible de déplacer les normes identitaires et sociales établies. Dans cette perspective, les pratiques du Queer Reading, développées notamment par Eve Kosofsky Sedgwick (1997) et d’autres théoricien·nes queer, envisagent la queerness moins comme objet que comme méthode de lecture : elles interrogent les structures binaires et hétéronormatives du texte et rendent visibles les procédés par lesquels celles-ci sont reproduites ou déstabilisées. Il s’agira dès lors d’examiner comment ces productions négocient les catégories à partir desquelles se définissent les identités québécoises, mais aussi comment elles s’inscrivent dans des processus de reconnaissance et d’institutionnalisation susceptibles, à leur tour, de produire de nouvelles formes de normativité (Niedergang 2023).

Les contributions pourront ainsi interroger les représentations du corps et du désir, les pratiques de l’autofiction et de l’autothéorie, ainsi que les procédés de fragmentation, d’hybridation et de déstabilisation formelle et langagière, dans la littérature, le théâtre et le cinéma. Les travaux de Gabriel Cholette, Kevin Lambert, Louis-Daniel Godin, Gabrielle Boulianne-Tremblay, Kama La Mackerel, Antoine Charbonneau-Demers, Olga Duhamel-Noyer, Daniel Allen Cox, Nicholas Nigueere, Marie-Claire Blais, Virginia Pésémapeo Bordeleau, Nelly Arcan, Xavier Dolan, offrent à cet égard un point de départ particulièrement fécond. Il s’agira enfin d’examiner comment les écritures queer et les pratiques de Queer Reading reconfigurent les représentations de la québécité, de l’appartenance ainsi que de la communauté.

QUÉBEC DIASPORIQUE
Entendue comme une expérience de dispersion et de circulation entre plusieurs espaces d’appartenance, la diaspora engage des formes de mémoire, de transmission et d’identification qui se construisent dans le rapport entre territoire d’origine, espace d’accueil et héritages culturels et linguistiques. Dans cet espace pluriculturel marqué par la pluralité des appartenances et des identités culturelles qu’est le Québec, ces expériences diasporiques ont ainsi donné lieu, depuis plusieurs décennies, à des écritures et à des productions artistiques qui participent à la transformation de ses imaginaires. Qu’elles prennent la forme de textes littéraires, de films, de pièces de théâtre, d’œuvres visuelles ou de performances, elles donnent à voir des expériences de migration, d’exil ou de déplacement qui interrogent les contours de l’appartenance au Québec. Ces productions mettent notamment en jeu les rapports entre le territoire, sa mémoire, sa langue et la transmission de cette dernière, tout en faisant émerger des formes d’identification qui échappent aux conceptions homogènes de l’identité québécoise. La diaspora ne constitue pas une catégorie stable, au contraire elle peut être envisagée comme un espace de négociation entre différents héritages et appartenances. Les pratiques plurilingues, les langues d’héritage, les formes d’hybridation culturelle ou encore les récits de filiation peuvent devenir des moyens de questionner les normes qui régissent la représentation de soi et la reconnaissance des sujets minorisés dans l’espace québécois. Ces enjeux peuvent également être envisagés à l’intersection du genre, de la sexualité, de la racialisation et de la classe.
Cet axe invite ainsi à réfléchir aux manières dont les productions diasporiques contestent les frontières culturelles, linguistiques et identitaires du Québec, ainsi qu’aux formes de subjectivité et d’appartenance qu’elles font émerger.
Une attention pourra également être portée aux pratiques plurilingues, à la transmission intergénérationnelle, aux hybridations culturelles et aux rapports de pouvoir qui traversent ces productions culturelles. Les oeuvres des écrivains et artistes qui suivent constituent un point de départ crucial pour notre démarche critique : Caroline Dawson, Nicholas Dawson, Abla Farhoud, Marie-Célie Agnant, Yara El-Ghadban, Maxime Laroche, Kim Thúy, Ying Chen, Stanley Péan, Dany Laferrière, Émile Ollivier, Mona Latif-Ghattas, Lula Carballo, Katia Belkhodja, Mélikah Abdelmoumen, Nadine Ltaif, Ouanessa Younsi, Érica Chamour, Lamia Ben Youssef, Karine Rosso, Steve Galluccio.

Les contributions portant notamment sur les axes thématiques suivants sont particulièrement encouragées:

  • les constructions de la québécité, de l’appartenance et de l’altérité;
  • les écritures queer, les pratiques du Queer Reading, les représentations du corps, du genre, de la sexualité et du désir;
  • les formes d’autofiction, d’autothéorie et de subjectivation ;
  • les écritures diasporiques et les reconfigurations de l’appartenance culturelle;
  • le multilinguisme dans la société québécoise contemporaine;
  • les expressions culturelles autochtones;

Les propositions de contribution, d’une longueur maximale de 500 mots, pourront être rédigées en français ou en anglais. Elles devront être accompagnées d’une notice biographique de 200 mots maximum, précisant notamment l’affiliation institutionnelle, les domaines de recherche et les principales publications de l’auteur·rice. Les propositions sont à envoyer au plus tard le 30 novembre 2026 à Jacopo Romei (jacopo.romei@uni-kassel.de) et Simon Prahl (prahl@em.uni-frankfurt.de). Le 15 décembre 2026, les auteur·rices seront informé·es de la décision des éditeurs à l’issue du processus d’évaluation. Nous accueillons également avec intérêt les propositions de comptes rendus d’ouvrages portant sur les littératures, les cultures et les enjeux contemporains de l’espace québécois.

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