Appel à communications: Voltaire et les Lumières au Québec : histoire ancienne ou nécessité présente ? Perspectives historiques et lectures actuelles

61e journée d’échanges scientifiques de l’Association québécoise pour l’étude de l’imprimé

Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine, Sherbrooke
7 et 8 avril 2022

Date limite : 1er octobre 2021

Le contexte

Une exposition de documents inédits de Voltaire, appartenant au professeur Peter Southam, aura lieu au Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine, à Sherbrooke, des mois de janvier à juin 2022. C’est dans ce cadre que l’Association québécoise pour l’étude de l’imprimé organise sa 61e Journée scientifique avec le thème suivant : « Voltaire et les Lumières au Québec : histoire ancienne ou nécessité présente ? », qui se tiendra les 7 et 8 avril 2022.

Les Lumières au Québec depuis le 18e siècle

Dans l’histoire culturelle du Québec, Voltaire a été présent dès les premiers imprimés. Ainsi, The Quebec Gazette/La Gazette de Québec rapporte l’exécution de Jean-François, chevalier de La Barre, dans son numéro du 16 février 1767. On y lit : « Le Febvre de la Marre a été condamné pour le crime mentionné ci-dessus […] à être décollé, et à avoir son corps jetté au feu, avec le Dictionnaire Philosophique de Voltaire, qui selon son propre aveu etoit un livre favori chez lui. » Mais c’est surtout dans La Gazette littéraire de Fleury Mesplet que Voltaire occupe une place considérable et où la philosophie des Lumières connaît une première véritable diffusion.

L’influence de Voltaire et de la pensée des Lumières a continué de se faire sentir au moment des Rébellions de 1837-1838, de l’Histoire du Canada de François-Xavier Garneau, des prises de position de l’Institut canadien de Montréal. Mais le contrôle clérical des lettres a fortement contribué à stigmatiser une philosophie qui conteste de manière frontale son autorité et établit les fondements de la tolérance et de la laïcité. Ces valeurs sont alors illustrées par des intellectuels comme Louis-Antoine Dessaulles, Louis-Joseph Papineau et son fils Amédée, Joseph et Gonzalve Doutre, Arthur Buies et sa Lanterne. Et que dire d’Honoré Beaugrand qui, dans La Patrie ou Le Farceur, pousse le voltairianisme aux confins de l’anticléricalisme ? Se déclarant ouvertement franc-maçon, il participe à cette dimension philosophique des Lumières à laquelle Voltaire avait adhéré à la fin de sa vie et qui, au terme du XIXe siècle, connaît au Québec un certain essor.

Qu’en est-il de la franc-maçonnerie, de Voltaire et des Lumières dans la première moitié du XXe siècle ? Seraient-ils moins présents qu’au siècle précédent ? Gérard Bessette, dans Le Libraire (1960), a fait de l’Essai sur les mœurs le cœur de son intrigue romanesque pour créer un affrontement épique entre le curé et le libraire, Hervé Jodoin. Mais ce dernier se montre critique quant à l’influence voltairienne : « J’ajoutai que, sans la réputation monstrueusement surfaite dont jouissait Arouet, réputation due en grande partie à la violence avec laquelle ses adversaires le dénigrent et le prohibent, il ne serait peut-être jamais venu à l’esprit du collégien de le lire ou, s’il l’avait fait et s’il était intelligent, il eût constaté à quel point la plupart des idées dudit Arouet sont superficielles, démodées, à l’exception de ses plaidoyers pour la tolérance… »

Qu’en est-il des Lumières depuis les années 1960 ?

Et depuis la Révolution tranquille ? Le débat sur la laïcité est exemplaire à cet égard. Notant la parution du manifeste sur la laïcité intitulé Pour un Québec laïque et pluraliste, Lysiane Gagnon doute de l’affirmation selon laquelle la laïcité fasse « partie de l’histoire du Québec », malgré Fleury Mesplet, l’Institut canadien, Jean-Charles Harvey, Refus global et autres… (La Presse, 18 mars 2010). Plus près de nous encore, que penser du politiquement correct, de ce que certains nomment la « culture du bannissement », ou du « mouvement woke » ?

Dans le domaine des lettres, à la suite de la fatwa contre Salman Rushdie, Christian Salmon faisait tomber ce verdict : « Toutes les protections, tous les verrous savamment ménagés depuis l’époque des Lumières, afin de protéger l’espace de la création, sont en train de sauter. » (Tombeau de la fiction, 1999). S’inquiétant de ce que « militantisme et “déconstruction” se conjuguent ainsi pour limiter l’exercice de la rationalité critique et le débat scientifique argumenté », de nombreux intellectuels français, dont Nathalie Heinich, François Rastier, Georges Élia-Sarfati ont fondé au mois de janvier 2021 un « Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires ». Comme ce fut le cas au XVIIIe siècle, l’Occident se trouverait-t-il balayé par une idéologie qui, cette fois, condamnerait sans appel l’apport des Lumières ?

Un colloque sur le passé et le présent

Le but de ce colloque s’inscrit en ligne directe avec ce que Todorov écrivait en 2006, dans un paysage culturel qui a de surcroît beaucoup changé en quinze ans :

Bien sûr, un simple retour au passé n’est ni possible ni souhaitable. Les auteurs du XVIIIe siècle ne sauraient résoudre les problèmes surgis depuis qui, chaque jour, déchirent le monde. Pourtant, mieux comprendre cette mutation radicale peut nous aider à mieux vivre aujourd’hui. J’ai voulu, sans détacher le regard de notre époque, dégager les grandes lignes de la pensée des Lumières, dans un va-et-vient constant entre le passé et le présent.» (L’esprit des Lumières)

Ce colloque accueillera les propositions qui, en considérant l’héritage de Voltaire et des Lumières au Québec, porteront (à titre de suggestions) sur :

  • de nouvelles perspectives historiques à propos de l’œuvre voltairienne et sa réception au Québec ;
  • une relecture des ouvrages marquants sur Voltaire et les Lumières parus au Québec : Séraphin Marion, Marcel Trudel, Jean-Paul de Lagrave, Benoît Melançon, etc.
  • une lecture des débats contemporains, portant en particulier sur la littérature et les autres productions symboliques ;
  • la notion de tolérance et ses récupérations idéologiques et politiques ;
  • l’appel à l’opinion publique, et les postures et procédés rhétoriques qui en découlent ;
  • la censure et la liberté académique ;
  • l’utilisation de la satire et de la polémique dans le débat public ;
  • les lectures critiques de Voltaire et des Lumières, de Voltaire à la radio canadienne à John Saul, Les bâtards de Voltaire.

Ce sont là évidemment des indications, et le comité d’organisation sera heureux de recevoir toute proposition qui se situe dans le cadre général du colloque.

Les personnes intéressées à proposer une communication doivent soumettre un projet d’au plus 300 mots avant le 1er octobre 2021. Le comité donnera une réponse au plus tard le 31 octobre.

À cette fin, veuillez communiquer avec Pierre Hébert :Pierre.Hebert@USherbrooke.ca

Le comité organisateur :

Bernard Andrès

Nicholas Dion

Pierre Hébert

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

Andrès, Bernard, « Lumières encyclopédiques et lumière maçonnique au Québec aux XVIIIe et XIXe siècles », Interfaces Brasil/Canadá, vol. 12, no 15, 2012, p. 155-181. (en ligne) : https://periodicos.ufpel.edu.br/ojs2/index.php/interfaces/article/view/7225/5043

Burger, Baudoin, Petite histoire de la Franc-maçonnerie au Québec, Montréal, Louise Courteau, 2009.

Darnton, Robert, Pour les Lumières – Défense, illustration, méthode, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2002.

De Lagrave, Jean-Paul, Fleury Mesplet (1734-1794). Diffuseur des Lumières au Québec, Montréal, Patenaude éditeur, 1985.

La Gazette littéraire de Montréal 1778-1779, édition présentée par Nova Doyon, annotée par Jacques Cotnam, en collaboration avec Pierre Hébert, Québec, Presses de l’Université Laval, 2010.

Laric, Yanis, « À mort, les Lumières ! », Le blog de Yanis Laric, 20 avril 2020. (en ligne) : https://blogs.mediapart.fr/yanis-laric/blog/200420/mort-les-lumieres

Le Moine, Roger, Deux loges montréalaises du Grand Orient de France, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1991.

Marion, Séraphin, « Le voltairianisme dans la Gazette littéraire de Montréal », Les lettres canadiennes d’autrefois, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1940, t. III, p. 29-88.

Milborne, Alfred John Bidder, Freemasonry in the Province of Quebec 1759-1959, Knowlton / Québec, s.n., 1960.

« Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires » (en ligne) : http://decolonialisme.fr/?page_id=7

Pelland, Louis, Voltaire à la radio canadienne, éd. Joël Castonguay-Bélanger et Benoît Melançon, Montréal, Del Busso, 2013.

Saul, John, Les bâtards de Voltaire, Paris, Payot, 1993.

Sternhell, Zeev, Les anti-Lumières. Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide, Paris, Gallimard, 2010.

Trudel, Marcel, L’influence de Voltaire au Canada, Montréal, Fides, 1945 (2 t.).

Todorov, Tzvetan, L’Esprit des Lumières, Paris, Robert Laffont, 2006.

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