Appel à communication : Colloque international – Pourquoi Alain Farah

Date limite : 20 décembre 2022

organisé par Jean-Michel Gouvard (Université de Bordeaux Montaigne / Plurielles UR 24142), en collaboration avec l’Institute of Modern Languages Research (School of Advanced Study, University of London)

14 & 15 Juin 2023, University of London Institute in Paris, 9-11 rue de Constantine, 75007 Paris

En présence de l’auteur

Alain Farah s’est définitivement imposé comme l’un des romanciers québécois les plus importants de sa génération avec son dernier roman, Mille Secrets Mille Dangers (Montréal, Le Quartanier, 2021). Salué par la critique[1] et plébiscité par le public[2], celui-ci a déjà fait l’objet d’une transposition théâtrale partielle, sous le titre Chants de Mille Secrets, en collaboration avec Marc Beaupré[3], et il sera bientôt adapté au cinéma par l’auteur et le réalisateur Philippe Falardeau[4].

Ce roman consacre un parcours littéraire aussi remarquable qu’original, commencé voici presque vingt ans avec un recueil de poésie, Quelque chose se détache du port (Le Quartanier, 2004), et prolongé par deux premiers romans, Matamore n°29 (Le Quartanier, 2008) et Pourquoi Bologne (Le Quartanier, 2013), mais aussi une pièce de théâtre, Les fortifications de Vauban[5] ; une adaptation pour la scène, en collaboration avec Patrice Dubois, du scénario du Déclin de l’empire américain de Denys Arcan[6] ; un roman graphique illustré par Mélanie Baillairgé, La Ligne la plus sombre (Montréal, La Pastèque, 2016) ; de nombreuses chroniques littéraires, dans la presse et pour l’émission radiophonique Plus on est de fous plus on lit ! de Radio Canada ; et un essai sur deux écrivains français contemporains, Le Gala des incomparables. Invention et résistance chez Olivier Cadiot et Nathalie Quintane (Paris, Classiques Garnier, 2013).

Né au Québec en 1979, de parents d’origine libano-égyptienne et de confession chrétienne, lesquels avaient émigré au Canada quelques années auparavant, Alain Farah a placé au cœur de son œuvre la question de l’identité, sous des formes plurielles et complémentaires. Identité ethnique et culturelle, tout d’abord, son œuvre explorant les tensions et les déchirements qui résultent d’une enfance tiraillée entre, d’une part, une éducation marquée par les origines moyennes-orientales de son milieu familial et, d’autre part, un fort sentiment d’appartenance à la communauté québécoise, par sa naissance, sa formation et sa lente intégration, aujourd’hui parfaitement aboutie, aux milieux culturels et intellectuels de Montréal. Ce sont ces deux pôles antagonistes qu’incarnent par exemple, dans Mille Secrets Mille Dangers, les personnages d’Alain et de Bad, tous deux fils d’immigrés, Alain plutôt bien intégré à la société québécoise ou s’employant à l’être, et Bad (« le mauvais », en anglais) cumulant jusqu’à la caricature tous les signes extérieurs d’une « arabité[7] » que l’autre rejette, deux alter ego de l’auteur dont les relations, tout d’abord conflictuelles, finissent symboliquement par s’apaiser à la fin du roman.

Cette problématique identitaire est étroitement mêlée à un questionnement à la fois plus intime et plus universel, qui touche à la construction de soi, à la perte de l’enfance et de l’innocence, ainsi qu’à la difficulté qu’un être humain peut éprouver à s’accepter tel qu’il est, et à accepter les autres tels qu’ils sont. Ces thèmes sont en eux-mêmes relativement fréquents dans la littérature contemporaine et, en particulier, dans les textes auto-fictifs si caractéristiques de ce début de siècle[8], mais ils prennent chez Alain Farah une coloration toute particulière, dans la mesure où ils sont portés et amplifiés par la maladie qui l’affecte, dont il décrit les symptômes, mais dont il préfère taire le nom, en parlant de manière générique de problèmes immunitaires. La quête identitaire passe ainsi chez l’auteur par une fascination pour la souffrance, physique comme morale, et une crainte récurrente de la mort, de la disparition, que ce soit la sienne ou, par transfert, celle de ses proches. Fascination qui prend parfois des formes délirantes, voisines de la paranoïa, comme en témoignent tout particulièrement ses premiers écrits, de Quelque chose se détache du port à Pourquoi Bologne, et qui tend à faire de l’écriture une forme privilégiée d’exutoire, voire de catharsis, et à la consacrer comme telle.

La difficulté à s’identifier est doublée par la difficulté sinon l’impossibilité qu’éprouvent les divers alter ego de l’auteur à comprendre le monde dans lequel ils vivent, et le refus de l’accepter tel qu’il est. Ainsi, bien qu’elle soit en partie autobiographique et introspective, l’œuvre d’Alain Farah se complète d’une dimension politique qui, curieusement, n’a guère été commentée dans les comptes-rendus et analyses de ses romans : même si c’est sur un mode fantaisiste, Matamore n°29 aborde pourtant la question de la violence politique et du terrorisme ; Pourquoi Bologne est construit autour du scandale du programme MK-Ultra de la CIA ;  et Mille Secrets Mille Dangers aborde frontalement des problématiques religieuses contemporaines, en lien avec la question de la tolérance et de l’intolérance, et celle de l’incidence de la religion dans la vie et le comportement des personnes. Ces arrière-plans politiques sont si étroitement corrélées par la narration aux interrogations sur l’identité ethnique et culturelle, ainsi qu’à celles touchant aux angoisses et aux souffrances les plus intimes, que la construction de soi finit par apparaître comme indissociable de la construction d’une représentation du monde[9].

Les questionnements identitaires se traduisent enfin, sur un plan plus étroitement littéraire, par la multiplication des figures auctoriales qui, le plus souvent dissimulées et déformées dans les textes des premières années, deviennent de plus en plus transparentes, entre autres dans les deux derniers romans à travers le personnage récurrent d’Alain Farah, universitaire et écrivain, lequel est à chaque fois représenté en train d’écrire le livre que le lecteur découvre. S’identifier, c’est donc aussi se mettre en scène en tant qu’écrivain, avec tous les doutes que cela implique, non seulement sur soi mais aussi sur la fonction de la littérature dans le monde actuel. Une évolution très nette se dessine de ce point de vue au fil du parcours d’Alain Farah. De l’hermétisme des poésies de Quelque chose se détache du port à la narration, certes non linéaire mais limpide, de Mille Secrets Mille Dangers, la parole de l’auteur a pris peu à peu des formes moins expérimentales, plus en phase avec les attentes du grand public, sans rien concéder néanmoins sur ses exigences artistiques, comme si la pratique de l’écriture lui avait permis non pas de se guérir, mais à tout le moins de se soigner, et, alors même qu’il parvenait à mieux se comprendre et mieux s’accepter, à mieux dire et se dire.

Ce premier colloque consacré à l’œuvre d’Alain Farah a pour objectif de dresser un état des lieux aussi large que possible de son parcours et de son œuvre. Il serait entre autres souhaitable de travailler sur les thèmes suivants :

Alain Farah écrivain expérimental
Alain Farah romancier : Matamore n°29 / Pourquoi Bologne / Mille secrets mile dangers
Alain Farah auteur de théâtre : Les fortifications de Vauban / adaptation pour la scène du scénario du Déclin de l’empire américain de Denys Arcan/ Chants de Mille Secrets
L’art du dialogue : théâtre / roman / cinéma
Glissements et interphases génériques : poésie / roman / théâtre
Identité ethnique, identité culturelle
Frontières et migration
Métissage culturel, hybridité, multiculturalité
Normes sociales et normes culturelles
Réalité et imaginaire
Autofiction et légitimation
Alain Farah écrivain québécois versus écrivain français (cf Matamore n°29 :« mon roman français », dixit l’auteur)
Alain Farah et Le Quartanier
Alain Farah et Olivier Cadiot / Nathalie Quintane / Emmanuel Carrère / Dany Laferrière / James Joyce
Traduction de Pourquoi Bologne en anglais (Ravenscrag, Arachnide Editions, 2015)
Alain Farah chroniqueur radio / chroniqueur littéraire

Les propositions pour une communication de 30 minutes doivent être adressées à Jean-Michel Gouvard (Jean-Michel.Gouvard@u-bordeaux-montaigne.fr). Elles ne devront pas excéder 300 mots pour le résumé de la communication, lequel sera suivi d’une mini-bio d’un maximum de 100 mots. Merci de ne pas oublier de mentionner votre nom et votre adresse email. Deadline : 20 décembre 2022. Une réponse sera donnée dès le début du mois de janvier.

NOTES

[1] Claudia Larochelle, « Alain Farah : les beaux fantômes », Les Libraires, 30 août 2021 (https://revue.leslibraires.ca/entrevues/litterature-quebecoise/alain-farah-les-beaux-fantomes/) ; Laura Martin et Joëlle Bergeron, « Mille secrets mille dangers d’Alain Farah », Coup de pouce, 15 septembre 2021 (https://www.coupdepouce.com/loisirs/loisirs-et-culture/galeriemedia/11-livres-a-lire-cet-automne) ; Christian Desmeules, « Alain Farah, briser le cycle », Le Devoir, 25 septembre 2021 (https://www.ledevoir.com/culture/634989/fiction-quebecoise-alain-farah-briser-le-cycle) ; Chantal Guy, « Mille mercis », La Presse, 28 septembre 2021 (https://www.lapresse.ca/arts/chroniques/2021-09-28/mille-secrets-mille-dangers-d-alain-farah/mille-mercis.php) ; Josée Boileau, « Toute une journée, toute une vie ! », Le Journal de Montréal, 6 novembre 2021 (https://www.journaldemontreal.com/2021/11/06/toute-une-journee-toute-une-vie) ; Patrick Lagacé, « Le roman de Farah », La Presse, 9 janvier 2022 (https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2022-01-09/le-roman-de-farah.php#). En France, Mille secrets mille dangers a valu à Alain Farah la « une » du Monde des Livres, le 24 mars 2022 (https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/03/23/mille-secrets-mille-dangers-d-alain-farah-un-mariage-d-oraison_6118819_3260.html).

[2] Le Quartanier ne communique pas sur ses ventes, mais, un an après sa sortie, le roman d’Alain Farah est toujours dans les premières places des palmarès de vente au Québec (https://gaspard12aout.ca/#fond).

[3] http://www.festival-fil.qc.ca/chants-de-mille-secrets/

[4] https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2022-08-10/mille-secrets-mille-dangers-adapte-au-grand-ecran.php

[5] Texte non publié à ce jour, https://www.lapresse.ca/arts/spectacles-et-theatre/theatre/201410/20/01-4810888-le-theatre-sempare-dalain-farah.php

[6] Texte non publié à ce jour, https://theatrepap.com/le-declin-de-lempire-americain-2/

[7] L’expression est d’Alain Farah.

[8] Alexandre Gefen, Inventer une vie, La Fabrique littéraire l’individu, Paris, Les Impressions nouvelles, 2015.

[9] Alexandre Gefen, Réparer le monde. La littérature française face au XXIe siècle, Paris, José Corti, 2017.

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